Des Louisianais au cimetière du Père Lachaise, découverte de quelques lieux de mémoire.

Le cimetière en 1815 d'après pierre courvoisier.
Le Cimetière en 1815 d'après Pierre Courvoisier.

Les associations "France-Louisiane" et "Amis et passionnés du Père Lachaise » vous convient à une promenade guidée en plein air d’environ deux heures dans le célèbre parc/cimetière parisien1, le 17 octobre 2020.

Si la dernière demeure du chanteur des Doors, Jim Morrison (1943-1971) est la plus visitée, rares sont les tombes de célébrités «américaines » Or, la plupart d’entre-elles sont louisianaises ou en rapport avec l’histoire de la Louisiane, preuve des liens qui ont continué à exister, jusqu’à la fin du 19° siècle, après la cession de la colonie aux USA en 1803.

Occasion d'une formidable plongée dans cette histoire commune mais méconnue, mêlant planteurs, soldats, politiciens de tous bords et descendants d’esclaves. Cette visite permettra notamment de découvrir sous la direction du très érudit conférencier Régis Dufour-Forrestier, les sépultures de :

Marie-Céleste de Marigny de Mandeville (1784-1864), fille de Bernard Marigny, planteur et colon français le plus riche de Louisiane à cette époque qui fonda le faubourg Marigny de la Nouvelle- Orléans et la ville de Mandeville. Marie-Céleste tenait salon à Paris sous le nom de marquise de Livaudais.

Victor Séjour (1817-1874), natif de la Nouvelle-Orléans, premier écrivain afro-américain de l’Histoire, homme de couleur libre exilé volontairement en France, protégé de Napoléon lll, proche de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas père.

Sebastian O’Farrill (1751-1820), noble espagnol qui fut gouverneur de la Louisiane de 1799 à 1801. Rentré dans son pays il fut un fervent supporter de l’invasion de l’Espagne par les troupes bonapartistes et, après leur défaite, se réfugia à Paris.

Norbert Rillieux (1806-1904) Homme de couleur libre né à la Nouvelle-Orléans, cousin du peintre Edgar Degas. Ingénieur, il inventa un procédé qui révolutionna la production de sucre de canne. Il termina sa carrière comme proviseur de l’Ecole Centrale.

Judah Philip Benjamin (1811-1884), considéré comme le «cerveau" de la Confédération sudiste, ce sénateur louisianais devint ministre de cet Etat devenu sécessionniste. Une rumeur lui attribua un rôle dans l’assassinat de Lincoln. Il s'est enfui en Europe dès la fin de la guerre civile.

Jean Soulié (1760-1834), originaire de Castres (Tarn) fut administrateur de la Banque de Louisiane et grand maître de la loge maçonnique de cette colonie. Il y avait épousé la fille d’une esclave et rentra en France à la mort de celle-ci. Quatre des enfants de cette union, tous gens libres de couleur, firent de belles carrières professionnelles.

André-Denis Laffon de Ladebat (1746-1829), Homme d’état, philanthrope et abolitionniste, fils d’un armateur bordelais qui pratiquait la traite négrière. Il publia en 1788 un « Discours sur la nécessité et les moyens de détruire l’esclavage dans les colonies ». Le caveau familial abrite les restes de son frère Philippe Auguste Laffon de Ladebat, colon à St Domingue lors de la révolte des esclaves qui gagna ensuite la Nouvelle-Orléans et ceux d'un collatéral Charles Joseph Laffon de Ladebat, colonel de la French Brigade qui défendit la Nouvelle Orléans contre la flotte nordiste en 1862, lors de la guerre de Sécession.

France Louisiane

1 Un précédent article présentait les lieux de mémoires au Cimetière Saint-Louis à la Nouvelle-Orléans créé en 1789 sous la Louisiane française et celui de la Chartreuse à Bordeaux en 1791.

Le cimetière du Père Lachaise fut inauguré en 1804. Il est établi sur le domaine de Montlouis qui appartenait au 17e aux Jésuites et auquel François de la Chaise, confesseur de Louis XIV laissa son nom.

Louisianais

Aménagé par l'architecte Brogniart comme un "cimetière modèle" avec un parc à l'anglaise, il est devenu très rapidement non seulement un but de promenade mais un lieu très prisé par les Parisiens, illustres ou fortunés qui y rivalisèrent de faste dans les monuments. Tout comme ceux de la Nouvelle-Orléans ou Bordeaux, il est considéré comme un musée de l'art funéraire et accueille chaque année plus de 3 millions de visiteurs.

Lieu de rendez vous et inscription ci-dessous :

Rendez-vous à partir de 14 h 15 devant la porte principale du cimetière, Boulevard de Ménilmontant, Paris 20°, face à la rue de la Roquette. Métro Philippe-Auguste.

Les inscriptions, prises dans l'ordre d'arrivée, devront être accompagnées du règlement par chèque à envoyer à France-Louisiane, 1 rue du 11 novembre, 92120 Montrouge.

______________________________________________________________________________Bulletin d’inscription à retourner avant le l2 octobre accompagné de votre règlement ci-après.

Prix 20 € comprenant un verre en compagnie du conférencier à l’issue de la visite.

Madame-Monsieur ________________________________________participera à la visite.

Ci-joint un chèque de ________________€
Adresse : N° _________Rue_________________________________________________________ Code postal _______________ Ville __________________________________________________ Tél. mobile ____________________Courriel [email protected]___________________

A retourner à l’adresse ci-dessous.

1, rue du 11 novembre 92120 Montrouge
01.47.74.46.92.72
[email protected] www.france-louisiane.com
Association loi 1901 déposée le 14 mars 1977 n°77398 – Reconnue d’utilité publique le 2 décembre 1987

La guignolée de nos cousins canadiens

A notre époque, alors que le houx est étroitement associé à la fête de Noël, le gui continue en Europe  de l'ouest de célébrer le renouveau au moment où les jours recommencent à s'allonger et la tradition veut que la boule de gui qui orne la maison pendant les fêtes soit un  gage de paix, d'harmonie et un porte- bonheur. S'il ne pousse pas au Canada, il y a quand même planté ses racines  sous forme d'une coutume, celle de la guignolée.

de la Gaule...

La guignolée de nos cousins canadiens 5
Cueillette du gui par les druides selon les légendes celtiques

Plante endémique en Europe, le gui était vénéré par les Celtes pour son apparence d'éternelle verdeur à un moment de l'année ou toute la nature est au repos. Les druides le considéraient comme une plante sacrée en raison de ses pseudo vertus médicinales. Hypotenseur, diurétique et antispasmodique, le gui possède effectivement des vertus curatives à condition de savoir en doser sa consommation.  Pour nos ancêtres, il protégeait en outre de la foudre, des incendies, des inondations et... du mauvais sort.  Au moment du solstice d'hiver, les druides allaient le récolter sur les chênes qui en portent rarement d'où la symbolique précieuse auquel il est associé et le coupaient à l'aide d'une faucille prétendument en or en s'exclamant " O Ghel an Heu" ce qui signifiait : " Que le blé germe", saluant ainsi le début du renouveau du cycle des saisons. Au Moyen-Age, l'expression devint : "Au gui l'an neu(f)" et cette formule fut longtemps utilisée par les enfants qui faisaient la quête ou demandaient des étrennes la veille du jour de l'An. Au 17ème siècle dans le nord et l'est de la France, la formule était associée  à des dons faits aux plus pauvres au moment du passage à la nouvelle année.  Les morceaux de lard reçus en offrandes étaient embrochés sur des aiguillons de bois appelés "guillanies"  dans certaines provinces. Ainsi naquit la guillonée, l'ignolée ou la guignolée.*

... jusqu'à Detroit

Cette coutume fut  ainsi amenée par les colons de la Nouvelle-France qui "couraient la guignolée" souvent costumés, précédés par des sons de clochette et qui menaient grand tintamarre à l'aide d'instruments de musique, tambours et violons en tête. La plupart d'entre eux se contentait de chanter la chanson de la guignolée ** tandis que , suivant le cérémonial, certains entraient dans les maisons non sans avoir y été formellement invités par  les occupants. Cette joyeuse activité sociale donnait aux "guignoleux" l'occasion de se réchauffer les pieds en dansant et le gosier en s'abreuvant de quelques verres au point que la tournée était de plus en plus animée et pouvait se poursuivre assez tard dans la nuit. Le traineau qui servait à déposer les dons en nature -l'échine de porc étant un des plus appréciés- finissait parfois par transporter les guignoleux un peu trop éméchés.

La guignolée de nos cousins canadiens 9
Illustration d'Edmond-Joseph Massicotte

Les historiens tels que Massicote font référence à cette coutume typiquement canadienne française et Marcel Beneteau, professeur à l'Université ontarienne de Sudbury , nous livre les témoignages de  Marie Caroline Watson Hamlin, auteure de "légend of le Detroit", recueil de récits et légendes portant sur les Canadiens français des deux rives de la rivière Detroit qui décrit deux coutumes du jour de l'an propres aux franco-canadiens du 19 ème siècle : celle de la bénédiction paternelle et celle de "l'Ignolée" ***.

Renouveau

Tradition typiquement populaire la guignolée se changea avant la moitié du 19ème siècle en une quête effectuée par les pauvres eux-mêmes, ce qui engendra dans les villes à des permis délivrés par les autorités municipales, renforçant une réglementation mais n'empêchant pas certains débordements ou querelles au moment du partage des dons, jusqu'à sa quasi-disparition à la fin du siècle. Ce fut le Cercle des Voyageurs de commerce de Québec qui relança la coutume en 1903 et reversa les dons aux curés des paroisses de la ville via l'association Saint-Vincent de Paul.

La guignolée de nos cousins canadiens 13
Dans la joie et la bonne humeur

Si elle y perdit un peu de sa fantaisie débridée, la coutume y gagna en efficacité puisque les journaux de l'époque rapportèrent que la collecte populaire rapporta plus de 50.000 dollars en espèces sonnantes et trébuchantes ! Tombant de nouveau en désuétude au moment de la Révolution Tranquille, la Guignolée a repris de la vigueur à la fin du 20ème siècle, au Québec comme dans les communautés francophones de l'Ontario, de Nouvelle-Ecosse et jusqu'au Manitoba. Organisée par les structures associatives, qu'elles soient sportives ou culturelles, les écoles ou de simples particuliers, elle est redevenue très populaire et festive. Les élus y participent  massivement tout comme les gens du spectacle et les représentants  des médias dans un grand élan de solidarité qui contrebalance  ( un peu) le caractère commercial des fêtes de fin d'année...

Claude Ader-Martin

Sources :

*Le réseau de diffusion des archives du Québec

**" Bonjour le maître et la maîtresse, et tout le monde de la maison, pour le dernier jour de l'année la Guignolée vous nous devez...." . Paroles d'Ernest Gagnon auteur d'un recueil de chansons populaires du Canada paru en 1865.

***Le Folklore des Pays d'en haut au XIXème siècle : le témoignage de Marie- Caroline Watson Hamlin par Marcel Bénéteau.

L'autre religion des Québécois

En dépit d'une  météo de fin d'été à faire pâlir les touristes  de la Riviera italienne, les fans des Canadiens de Montréal sont entièrement tournés vers la saison qui commence. Rentrée officielle en cette deuxième quinzaine de septembre avec la nomination d'un nouveau capitaine l'américain Max Pacioretty et quelques avant matches destinés à chauffer l'équipe avant le match d'ouverture contre les Maple Leafs de Toronto,  le 7 octobre prochain chez l'adversaire. Nul doute que le Centre Bell affichera complet le 15 pour l'affrontement Canadiens/ Rangers de New York, l'équipe qui est passée bien près de la consécration  en saison dernière.  Et si les premiers flocons de l'automne étaient au rendez-vous, que de bonnes augures !Canadiens

 Naissance d'une équipe

Il faut remonter un peu dans l'histoire du Québec pour comprendre la  création de l'équipe des Canadiens de Montréal. Le hockey sur glace en patinoire se pratiquait déjà  avant le 20ème siècle, mais les Francophones, plus nombreux en nombre mais inférieurs sur le plan de la représentativité étaient généralement exclus des équipes anglophones pour des raisons politiques et religieuses. Lorsque le représentant de la Reine Victoria, Lord Stanley donne son nom en 1892 au trophée qui chaque saison couronne la meilleure équipe, les Canadiens français commencent à revendiquer leur droit à participer. Et c'est  un homme d'affaires catholique d'origine irlandaise qui s'offre son propre Club, francophone à 100% en tablant sur les querelles internes qui agitent les équipes anglophones. Sept ans plus tard, le club qui a déjà joué la carte de la mixité linguistique gagne  la Coupe Stanley pour la première fois  et intègre dans la foulée la Ligue Nationale de Hockey. Plus qu'une équipe,  les Canadiens  d'alors deviennent un emblème pour  toute la communauté francophone et c'est la taille ceinte de la ceinture fléchée symbole des coureurs des bois et des premiers colons que les spectateurs de l'époque viennent soutenir leur équipe.

Les Dieux de la patinoire

A vingt quatre reprises, l'équipe remportera la coupe dont cinq fois de suite de 1956 à 1960. L'histoire retient le nom de Maurice Richard.  Sa suspension en 1955 avant le match au cours duquel l'équipe  va jouer son titre de champion va déclencher une émeute à Montréal, et il faudra que le joueur vienne lui-même à la radio pour calmer les esprits et mettre fin à ce que certains présentent comme les débuts de la Révolution tranquille. Maurice richardLorsqu'il interrompt sa carrière après 18 ans passés au sein des Canadiens, il monte tout droit au Panthéon des dieux du hockey, le Temple de la Renommée : son numéro de chandail est "retiré" pour ne plus jamais être attribué avant même le délai réglementaire. A sa mort, ses obsèques religieuses seront télévisées. Tout aussi célèbre est Jean Beliveau, disparu il y a peu dont le nom est synonyme  d'élégance et d'engagement philanthropique. Vient maintenant la relève portée par les Carey Price, aussi célèbre qu'une vedette de cinéma dont le maillot usagé de l'année dernière a été attribué à un supporter pour la modique somme de 3.500 dollars, ou le jeune défenseur PK Subban qui vient de faire le don de 10 millions de dollars à l'hôpital des enfants malades de Montréal. Montreal canadiens v new york rangers - game four Quant au capitaine Pacioretty, tous les médias francophones  ont souligné, l'application qu'il avait mise à s'exprimer en français lors de la conférence de presse qui a suivi  l'annonce de sa nomination à la tête de l'équipe, preuve s'il en fallait, que la question linguistique est toujours un sujet d'actualité un siècle après la création du club sportif. Tous les joueurs sont adulés comme l'ont été leurs aînés mais il leur manque juste une petite chose pour ressembler aux dieux qui les ont précédés : la bague scintillante  qui  tel un anneau de fiançailles-mais en bien plus gros- orne l'annulaire des vainqueurs de la coupe Stanley.Bague-coupe-stanley Deux d'entre elles, volées à un collectionneur de Toronto en juin dernier étaient estimées à 500.000 $ !

 

 

 

Claude Ader-Martin