Cataline, héros légendaire de l'Ouest canadien

quebec aqaf

Né en 1830 à Oloron Sainte-Marie, Jean Caux n'était en rien prédestiné à devenir une légende de l'Amérique de l'ouest, si ce n'est, peut-être, son implication dans la mouvance socialiste durant sa jeunesse. Qu'a-t-il fait exactement ? On n'en sait rien. Tout juste peut on imaginer qu'il fut en proie à quelques ennuis après le coup d'état du 2 décembre 1851 qui voit le président Louis Napoléon Bonaparte transformer la II ème République en Second Empire. Comme bon nombre de ses semblables, il n'a de ressource l'année suivante que l'exil vers l'Eldorado que représente la Californie. Hélas, la ruée vers l'or touche déjà à sa fin. Une vie difficile l'attend.

Ruée vers l'or canadienne

Jean Caux vivote durant cinq longues années sans rien trouver d'intéressant. L'afflux massif de prospecteurs et la raréfaction progressive de la ressource entrainent une réaction de protectionisme du gouverneur de Californie qui entend laisser le champ libre aux Américains. Le prix des concessions pour les étrangers est doublé, voire triplé. C'est alors que l'annonce de la découverte de grosses pépites d'or dans la rivière Fraser, d'abord considérée comme une rumeur, s'avère véridique. Le déplacement des prospecteurs vers le Canada provoque une arrivée massive de chercheurs via Victoria sur l'île de Vancouver. Vingt mille personnes y débarquent au printemps et à l'été 1858. Jean Caux est de ceux-là. Le gouverneur Douglas entend à son tour faire oeuvre de protectionnisme en interdisant l'accès aux prospecteurs américains car ceux-ci ne respectent - dit-il- que la loi du plus fort. San Francisco, le "Petit Paris" qui avait accueilli bon nombre d'émigrants français à la suite du coup d'état de 1851 se dépeuple au profit de Victoria. Les prospecteurs sont face à deux difficultés majeures : la topographie des lieux, car le terrain montagneux est très accidenté, et la concurrence des nations autochtones qui ont été les premières à découvrir l'or et que les autorités tentent d'évincer. On se presse au bord des cours d'eau . A Parkville, une des cités aurifères, on compte en 1862 jusqu'à 4000 prospecteurs répartis sur 10 km. Malgré son allure de colosse qui entretien sa longue chevelure au whisky, Jean Caux n'est pas de nature à jouer du poing ou du pistolet, sauf nécessité absolue. Dans ce cas, il sait se montrer très persuasif. Mais il vivote autant au Canada qu'il a tiré le diable par la queue en Californie. Son intelligence va le mener sur une autre voie. Celle du commerce.

Le muletier Cataline

Les sites d'extraction s'éloignant de plus en plus du point d'arrivée des prospecteurs, il y a de l'argent à faire dans le transport des vivres et du matériel, autant de marchandises qui se vendent très chèrement. A cette époque, le coût de transport d'une tonne de matériel entre Victoria et le Camp du Caribou situé à 300 km revient à 200 $, soit dix fois plus que le prix de son acheminement depuis la côte Est. Le Béarnais d'Oloron est à l'aise sur les pentes. Il investit ses dernières ressources dans un train de mules et apporte les marchandises là où l'on en a besoin. Socialiste par idéal, il le reste dans sa manière de gérer son entreprise. Il recrute parmi les laissés pour compte : prospecteurs ruinés, Chinois devenus chômeurs à la fin des chantiers de construction du chemin de fer transcontinental, Canadiens français. Illettré doué d'une formidable mémoire, il parle un sabir mêlant des mots béarnais, français, anglais, chinook et tout le monde le comprend. Jean Caux est désormais connu sous le nom de Cataline*. Son train de mules peut compter jusqu'à 100 bêtes et il peut parcourir des distances allant jusqu'à 900 km dans une saison. Infatigable, fiable, honnête mais dépensier autant que généreux, il est capable de commercer avec la Compagnie d'Hudson comme avec les autochtones avec lesquels il entretient de bonnes relations.

Homme libre

Durant un demi siècle, Cataline va vivre en nomade à l'image d'un homme libre**. La légende dit qu'il a de nombreuses attaches affectives. A l'âge de 44 ans, il épouse une autochtone de vingt ans sa cadette, fille du chef Kowpelst de la Nation Nlaka'pamux. Elle lui donnera une fille prénommée Clémence qui bénéficiera d'une éducation dans un couvent. Il aurait eu aussi une femme légitime en Alaska. A la fin de chaque hiver, il repart sur les chemins avec mules et muletiers. Lorsque dans les années 1870 le gouvernement de la Colombie Britannique décide la construction du chemin de fer, c'est le Béarnais qui sera chargé du transport des matériaux nécessaires. Cela le rend riche...pour un temps. Il prend sa retraite en 1913, éreinté par une vie d'intense labeur, complètement ruiné mais sa bonté lui vaut de n'être pas laissé à l'abandon ***. Ceux avec lesquels il s'était montré généreux ne lui ont jamais tourné le dos. Il meurt en octobre 1922 dans la petite ville d'Hazelton. Cet analphabète aurait été étonné de savoir qu'aujourd'hui, quelques écoles en Colombie Britannique portent son nom.

* L'origine de ce surnom reste mystérieuse. Certaines sources prétendent qu'il viendrait du mot catalogne désignant une couverture, marchandise transportée par Jean Caux et ses muletiers. D'autres affirment qu'il est en lien avec la Catalogne où certains esprits cultivés de l'époque situaient la région d'Oloron Sainte-Marie. Enigme à résoudre...

** L'association Historique Francophone de Victoria a réalisé une biographie détaillée de Cataline.

*** En 2002, Sylvie Peltier a consacré un documentaire La Légende de Cataline sur la vie de Jean Caux, produit par RedLetters Films.

Claude Ader-Martin

Source : Jean Caux dit Cataline . Dictionnaire biographique du Canada

Photo de Une : Train de mules de Jean Caux (Musée d'Hazelton C.B)

Se rapprocher

Amateurs et curieux, contributeurs, mécènes (...) la culture Francophone France/Amérique du nord vous intéresse ?
Prendre contact
Passionnés par la francophonie des Amériques et la Nouvelle-Aquitaine, nous aimons partager une histoire et une culture commune, susciter des rencontres conviviales autour de la langue, la musique, la gastronomie et le tourisme.
2021, AQAF - Tous droits réservés - mentions légales
contact
userscrossmenu-circle