Drapeaux canadiens : symbolisme et revendications identitaires

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Fondé en juillet 1867 après la promulgation de l'Acte britannique de l'Amérique du Nord, le Dominion du Canada est devenu indépendant le 11 décembre 1931, échappant à son statut de colonie, le Statut de Westminster affirmant l'autonomie canadienne à la fois sur le plan interne et sur le plan des affaires extérieures. Trente ans plus tard, l'Union Jack continuait de flotter sur les édifices publics. En Nouvelle- Ecosse cependant, flottaient déjà les armoiries accordées au XVIIème siècle par le roi Charles 1er à la province de Nova Scotia que les Français appelaient alors l'Acadie. Elles furent officiellement reconnues comme drapeau provincial en 1929. Les provinces dans leur grande majorité s'interrogeaient sur l'apparition d'un drapeau national lequel devait se faire attendre jusqu'en 1965. Pendant ce temps là, les Francophone se mobilisent…

Acadiens précurseurs

Lors des conférences qui précédent la création du Dominion du Canada, les discussions sur l'utilisation ou non du français au sein de la future confédération sont vives et passionnées et ce n'est que par une voix de majorité que l'acte fondateur de la Confédération prévoit le bilinguisme des textes législatifs au niveau du gouvernement fédéral. Tout député a le droit d'utiliser l'une ou l'autre langue au Parlement du Canada. Des quatre provinces qui constituent le Dominion*, seul le Québec se voit imposer le bilinguisme alors qu'il existe des minorités francophones dans les trois autres provinces. Déjà, les descendants des Acadiens déportés revenus en grand nombre tout le long de la frontière maritime de l'est du Canada, Nouvelle-Ecosse, Ile-du-Prince-Edouard et surtout Nouveau-Brunswick ont entamé la première grande lutte pour la préservation de leur langue d'origine grâce au travail de la Société Nationale de l'Assomption qui deviendra plus tard la Société Nationale Acadienne.

Drapeau acadie
Drapeau de l'Acadie

Un emblème est choisi en 1884 sous forme du drapeau que l'on connait, tricolore en référence au drapeau français et frappé d'une étoile jaune rendant hommage à la mère du Christ. Dès lors, dans les trois provinces sus nommées, il flottera comme étendard des luttes pour le droit à l'enseignement du français à l'école. Moins d'un siècle plus tard (1969), le Nouveau-Brunswick obtiendra le statut de province officiellement bilingue. La volonté de reconnaissance des origines du peuple acadien et de sa culture continue jusqu'à nos jours. Les divers festivals acadiens de la mi-août et la vivacité de la chanson et de l'expression francophones en sont la preuve chaque année.

Le Refus des Québécois

Drapeau québec
Drapeau du Québec

Dans la province où les francophones étaient pourtant les plus nombreux, l'avènement de la Confédération canadienne n'avait pas changé grand chose en matière de reconnaissance linguistique. Et les secteurs les plus importants de l'activité, le droit, la politique ou les affaires sont restés longtemps aux mains exclusives des anglophones. Dans la biographie qu'il lui a consacrée (1), Jacques Bertin cite les souvenirs de Félix Leclerc, modeste animateur à la radio au début des années 1940 : " L'anglais est omniprésent sur la monnaie, les timbres, les panneaux...et l'Union Jack flotte sur tous les édifices publics. Le Québec n'existe pas. Il y a d'un côté les Anglais, les patrons, les meilleurs, les gagneurs. Et puis nous autres : "speak white"..! ".. Un vent de révolte contre la pression que l'église catholique fait encore peser sur la société après la seconde guerre mondiale et un climat idéologique étouffant fait naître le mouvement artistique du Refus Global qui devient rapidement un mouvement politique à l'origine de la création d'un drapeau propre au Québec. Le 21 janvier 1948 est hissé pour la première fois au sommet de l'hôtel du Parlement de Québec, l'emblème bleu et blanc orné de quatre fleurs de lys en référence à la royauté française. Il n'était pas question pour les Québécois de montrer une quelconque loyauté au drapeau tricolore français et son lien direct à la révolution française qui avait occis son roi. En hissant son "fleurdelisé", le Québec montrait fièrement au Canada indépendant depuis 1931 et qui continuait de hisser l'Union Jack que les racines du Québec étaient bien ailleurs qu'au Royaume-Uni.

Fidélité et indépendance

Drapeau ontario
Drapeau de l'Ontario

D'aucuns auraient pu penser que le Canada se doterait rapidement d'un étendard lors de la déclaration d'indépendance. Ce ne fut pas chose facile que d'y arriver. Après la seconde guerre mondiale, le sujet du drapeau faisait débat, mais certains étant très attachés à l'héritage britannique, le projet fut reporté à plusieurs reprises. Les gouvernements successifs voulaient éviter quelques poussées de fièvre. Mais soucieux d'y apporter une solution pour les célébrations du centenaire du Canada, le gouvernement fédéral en vint à un consensus. Il y a 60 ans, le 15 février 1965 était hissé sur la colline du Parlement à Ottawa le nouveau drapeau national : une feuille d'érable rouge symbole de l'identité canadienne sur fond blanc entre deux bandes rouges. Il ne fit pas l'affaire de toutes les provinces qui dès lors, se hâtèrent de montrer, soit leur attachement à la couronne britannique, soit leur volonté de souligner une forme d'indépendance ou d'insister sur une spécificité propre par le biais de leur drapeau. Ainsi l'Ontario, doté alors d'un premier ministre conservateur se choisit il en 1965 un emblème rendant nettement hommage à la domination britannique au Canada, tout comme le Manitoba en 1966, alors qu'en 1969 la Saskatchewan afficha sur son drapeau plus d'importance au lys de la prairie qu'au discret léopard anglais.

Symboles franco-canadiens

Drapeau franco-ontarien
Drapeau franco-ontarien

La Révolution Tranquille concrétisée notamment par l'adoption de la charte de la langue française qui fait du français la seule langue officielle au Québec et la montée en puissance du parti Québécois fondé en 1968 et porté au pouvoir en 1976 sont surveillés de près par les communautés francophones hors Québec durant toute la décennie 70. Certaines craignent qu'une éventuelle indépendance du Québec ne les isolent encore plus. D'où l'émergence d'emblèmes franco-canadiens dans les différentes provinces. Avec la naissance du drapeau franco-ontarien né à l'université de Sudbury qui flotte devant l'assemblée législative à Toronto depuis février 1975, il ne s'agit pas d'afficher un désir d'indépendance mais plutôt de revendiquer des droits linguistiques et culturels pas toujours faciles à faire respecter malgré leur inscription dans la constitution. Ici, pas de bleu, pas de de rouge mais du blanc et du vert, et deux fleurs emblématiques dont une fleur de lys. Suivront le drapeau fransaskois en 1979, franco-colombien et franco-albertain en 1982. Des fleurs de lys à l'évocation du tricolore français, chaque communauté montre sa volonté de ne pas vouloir oublier l'Histoire qui les a façonnées. Seul le dernier en date, celui des francophones du Nunavut en 2002 ne fait référence qu'au bleu du ciel arctique qui se confond à la neige au milieu de laquelle un symbole autochtone atteste de la présence humaine.

Claude Ader-Martin

* Québec, Ontario, Nouveau- Brunswick, Nouvelle -Ecosse.

(1) Félix Leclerc, le Roi heureux. Editions Boréal 1988.

Image de Une : le drapeau des francophones de la Saskatchewan (1979) - vert pour les forêts, jaune pour les cultures céréalières et lys rouge (image dans le domaine public).

Source : https://the canadianencyclopedia.ca

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