Entre Rochefort et La Rochelle, dans le souvenir de l'Amérique française

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Cette année, notre association Aquitaine Québec & Amérique du nord Francophone avait choisi de s'attarder sur notre héritage commun avec la Nouvelle-France. Belle occasion pour renouer avec les fils du passé qui nous ont permis de remonter le temps jusqu'au baptême de Champlain et de redécouvrir l'histoire de la marine française depuis les navires à coque de bois, jusqu'à la renaissance de l'Hermione qui joua un rôle de premier plan dans l'histoire de l'Indépendance américaine.

Eglise saint-sauveur
Eglise Saint-Sauveur, La Rochelle (Photo Jean-Marc Agator)

Il soufflait un vent très frais ce matin du 14 juin sur les quais du Vieux port de la Rochelle, principal port d'embarquement des migrants à destination du Canada au XVIIème siècle*. Au loin, les deux tours, à nos pieds l'Eglise Saint-Sauveur, quatre fois détruite et reconstruite depuis son érection au XIIème siècle par les moines de l'Ile d'Aix, bel édifice gothique flamboyant à l'époque. Incendies, effondrements, destruction au cours des affrontements entre catholiques et protestants au XVIème siècle, c'est aujourd'hui une église du XVIIIème siècle, avec ses navires ex-voto que nous avons visitée. Saint-Sauveur a naturellement été la paroisse des marins et des migrants vers la Nouvelle-France. On le sait, Monseigneur François de Laval premier Evêque et fondateur du Séminaire de Québec était un grand voyageur qui non seulement parcourait son diocèse sans relâche mais multipliait aussi les allers et retour entre Québec et la mère patrie, ce qui avait fortement contribué à sa notoriété de son vivant à une époque où les communications de toutes sortes étaient moins courantes qu'aujourd'hui. Le 8 juin 2019, une partie des 3000 reliques de ce prélat, mort en odeur de sainteté en 1708, canonisé il y a dix ans y ont été déposées en grande pompe et en présence des autorités civiles et religieuses québécoises et françaises.

Aux plomb du canada
Photo Anne Marbot
Place hôtel de ville la rochelle
Place de l'Hôtel de Ville, La Rochelle (Photo Jean-Marc Agator)

En chemin vers l'Hôtel de Ville, nous remarquons une enseigne "Aux plombs du Canada" datant de 1756 qui nous rappelle le début de la guerre de Sept ans dont l'issue fut fatale pour la France. Précédée par une épaisse muraille crénelée flanquée de tourelles, voici l'enceinte de l'Hôtel de ville datant du XVIème siècle dont la porte en ogive semble gardée par la statue de Jean Guitton né dans une famille protestante dont le grand-père, le père et les deux beaux-pères successifs avaient été Maires de La Rochelle avant lui ! Nommé Amiral de la flotte rochelaise en 1621, il s'est distingué en 1627 durant le siège de la Rochelle et a signé un traité d'alliance avec le duc de Buckingham qui assiégeait alors l'île de Ré avant de devenir maire de la ville la même année. Destitué par Richelieu, il n'en est pas moins resté dans le coeur des Rochelais puisqu'après plusieurs tentatives infructueuses, il fut décidé de lui ériger une statue payée par une souscription publique à laquelle la ville américaine de New Rochelle a participé, monument inauguré en 1911.

Champlain et Fleuriau

Eglise saint-louis
Eglise Saint-Louis, chapelle des marins (Photo Jean-Marc Agator)

Non loin de là, dans la petite rue des Augustins, nous sommes passés devant l'ancien couvent des Augustins chassés de leur lieu de résidence entre 1568 et 1628 alors que les Huguenots dirigeaient la ville. Devenu lieu de culte pour les protestants, son réfectoire prend le nom de temple Saint-Yon en attendant la construction d'un Grand Temple. De récentes découvertes prouvent que c'est ici qu'a été baptisé Samuel Champlain né à Brouage en août 1574. Le bâtiment dont l'accès est tapissé d'herbes folles semble laissé à l'abandon. Sur la place de Verdun en revanche, la Cathédrale Saint-Louis donne à voir des signes de réfection. L'histoire de la cathédrale remonte à la réddition de la ville en 1628. A cette époque, Louis XIII, roi très catholique et guerrier, décide que la Rochelle doit devenir le siège d'un évêché. Le Grand Temple de La Rochelle construit en 1600 qui avait accueilli 3500 personnes lors du premier prêche est donc confisqué et transformé en cathédrale, mais pas pour longtemps puisqu'un incendie le ravage en 1678. Il faut alors attendre près d'un siècle pour que la cathédrale actuelle voit le jour. Consacrée en 1784, elle connait un destin contrasté, servant à célébrer le culte de la raison durant la Révolution, utilisée pour la tenue de foires sous le Consulat, elle n'est vraiment terminée que dans la seconde moitié du XIXème siècle et garde un air d'inachevé. Privée des deux tours prévues initialement de part et d'autre de la façade, elle n'offre pas grand intérêt à l'exception du plafond de la chapelle consacrée à la Vierge et d'une collection d'ex-voto des XVIIème et XVIIIème siècles dont celui de "La Louise du Canada" dans la chapelle des marins. D'un style naïf, le tableau représente les marins de la goélette prise dans la tempête qui implorent une vierge en prière. Nous ne pouvons quitter la ville sans visiter le Musée du Nouveau Monde situé à l'emplacement de l'ancien hôtel de Fleuriau dont le plus illustre propriétaire fut Louis Benjamin de Fleuriau célèbre grâce à ses travaux de naturaliste. Le Musée souligne à tous les étages, les liens privilégiés tissés entre La Rochelle et l'Amérique depuis les explorations au XVIème siècle jusqu'à la ruée vers l'or de 1848 sans oublier la part d'ombre jetée sur les productions coloniales par la traite négrière.

Le souvenir de l'Hermione

Frégate l'hermione
Frégate L'Hermione (Photo lecreusois, Pixabay)

En 1780, le bouillant La Fayette déjà auréolé de ses qualités de stratège et de diplomate embarque de Rochefort pour s'en aller prêter main forte aux insurgés américains sur une frégate, véloce navire de petite taille. Construite en cinq mois par une main d'oeuvre pléthorique à une époque où la marine à voile est à son apogée, elle a joué un rôle déterminant dans la campagne d'indépendance des colonies britanniques d'Amérique, s'est illustrée dans l'Océan Indien au large de l'Ile Bourbon avant de disparaitre au large de la Bretagne en 1793. Deux siècles plus tard, le pari un peu fou de redonner vie à l'Arsenal de Rochefort complètement désaffecté en cette fin de XXème siècle en construisant une réplique de l'Hermione se fait jour. C'est ainsi que d'une forme de radoub semblable à un vestige laissé par une civilisation disparue a surgi peu à peu un vaisseau emblématique des valeurs de liberté, d'aventure, de courage et de solidarité. il a fallu 17 ans pour reconstruire la frégate (presque) à l'identique. Et c'est le 1er juillet 2015 que la réplique de l'Hermione partie de La Rochelle le 18 avril a fait son entrée triomphale dans le port de New York après des escales à Yorktown dans la baie de Chesapeake, à Alexandria, à Annapolis, Baltimore et Philadelphie. Un des épisodes de l'histoire de la célèbre ambassadrice de la France dans l'Amérique naissante nous est contée dans l'ancien Hôtel de Cheusses, ancien épicentre de l'arsenal , logis des commandants de la marine royale depuis la fin du XVIIème siècle. Devenu Musée national de la marine à Rochefort, il donne à voir des tableaux peints à la fin du XVIIIème siècle pour glorifier les combats navals de la marine à voile française. Un tableau d'Auguste-louis de Rossel peintre officiel de la marine datant de 1788 y montre les deux frégates l'Hermione et l'Astrée commandées par Latouche-Tréville et le comte de Lapérouse se rendre maitres de cinq navires anglais durant la bataille de Louisbourg en 1781. Les navires à coque de bois étaient appelés à disparaitre moins d'un demi-siècle plus tard.

Image à la Une : Port de La Rochelle (Image Pixabay).

Claude Ader-Martin

*Nous avions décidé de suivre le parcours "Québec Sur les traces de la Nouvelle France" proposé par l'OT de La Rochelle.

Sources : Petite encyclopédie monumentale et historique de La Rochelle par Rémi Béraud . Editions Rupella et Rémi Béraud 1994.

Histoire de La Rochelle. Sous la direction de Marcel Delafosse. Editions Privat 2002.

Musée du Nouveau-Monde de La Rochelle. Association Hermione-La Fayette.

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