Lafayette, une signature indélébile dans l'histoire américaine.

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Lafayette, une signature vivace

La Fayette pour les Français et Lafayette pour les Américains (1), plus de 100 villes aux Etats-Unis portent son nom, dont la plus ancienne est Lafayette, la capitale de la francophonie en Louisiane. Sa signature est une véritable marque pour qualifier les relations franco-américaines. Pour les Américains, il reste le héros français le plus populaire de la Révolution américaine. En 2024, les Etats-Unis s’apprêtent à fêter le bicentenaire du dernier voyage de Lafayette, celui de sa tournée triomphale en 1824-1825. Nombreuses sont les villes qui ont accepté de participer à ce tour des lieux de mémoire dans le cadre du Lafayette Trail.

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Qui est ce marquis si populaire outre-Atlantique ?

Jeune, intrépide, curieux, idéaliste … et homme de réseau, Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, est né le 6 septembre 1757 au Château de Chavaniac au sein d’une vieille famille de la noblesse d’Auvergne qui compte également l’écrivaine Madame de La Fayette, auteur de La Princesse de Clèves. Orphelin très jeune, Lafayette est un héritier fortuné dont le parcours sera militaire. Bien entouré, il est rapidement introduit à la cour. En 1774, il épouse Adrienne de Noailles (2), seconde fille du Duc d'Ayen, pair de France et membre d’une influente famille.

Opportunité américaine

Passionné par les idées des philosophes, il rencontre de nombreuses personnalités en vogue dont l’abbé Reynal (3) qui l’initie aux rites franc-maçonniques, ainsi que des amis de la cause américaine comme le duc de Gloucester, le Duc de Broglie ami de son père ou Silos Deane, diplomate et envoyé secret, à la recherche de soutiens financiers en faveur des insurgés américains et chargé également du recrutement d’officiers étrangers. Fidèle aux idéaux de liberté, l'annonce de la déclaration d'indépendance des colonies anglaises d'Amérique le 4 juillet 1776 sera l'occasion pour Lafayette de concrétiser son départ pour l'Amérique.

Malgré la neutralité officielle de la France, Lafayette s’engage à titre personnel dans cette aventure. Il achète sur ses fonds propres et avec l'aide de quelques proches, un bateau construit à Bordeaux qu’il rebaptisa Victoire (4). Le 28 juillet 1777, le Congrès l’accueille à Philadelphie en tant que général de division dans l’Armée continentale sans solde, il est à peine âgé de 19 ans et reçoit le soutien inconditionnel de G. Washington.

A la bataille de Brandywine où il combat avec bravoure, il se voit attribuer le commandement de la division des volontaires de Virginie. Blessé à la jambe au cours de la bataille, il profite de sa convalescence pour écrire des lettres aux administrateurs français et américains, en faisant de nombreuses propositions. Après la victoire de Saratoga, sa popularité contribue à la conclusion du Traité franco-américain de 1778. Lafayette devient alors le principal avocat français de la cause américaine.

A la demande de G. Washington, il rentre en France en 1779 où en militaire avisé et fin diplomate, il obtient de Louis XVI l'envoi d'un corps expéditionnaire de 6 navires et 6 000 soldats, il retourne en Amérique à bord de l'Hermione (4). Il participera comme commandant d'une division de cavalerie, aux côtés de G. Washington et des armées françaises du Général de Rochambeau, et de la flotte de l'amiral De Grasse, à la capitulation des Anglais à Yorktown, le 19 octobre 1781.

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Retour au pays : quelques dates clés en France

Rentré en France en 1785, il participe à la vie politique comme député de la noblesse aux Etats-Généraux de 1789 (5). Il crée avec Brissot la Société des amis des noirs pour lutter contre l’esclavage.
Il est nommé vice-président de l’Assemblée, puis commandant de la Garde Nationale de Paris. Partisan d’une monarchie libérale, il se sépare des Jacobins pour constituer le club des Feuillants. Le 26 août 1789, il participe à la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (5).

Il est fait prisonnier en 1792 et incarcéré en 1794 à Olmutz (Moravie, Autriche actuelle). Sous la restauration, il est élu député de la Sarthe, puis de Seine-et-Marne. En 1830, après la révolution des Trois Glorieuses, il reçoit le commandement de la Garde nationale et contribue à installer Louis-Philippe sur le trône. Il meurt à Paris en 1834.

Un dernier épisode américain : la tournée triomphale de 1824

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Il reviendra aux Etats-Unis en 1824-1825, à l’invitation du Président James Monroe, Lafayette fait une tournée en tant qu’ « invité de la nation » visitant ainsi les 24 états en 13 mois. Partout, il connaît un accueil triomphal comme "la nation n’avait jamais connu auparavant". Le Congrès américain lui propose une importante indemnité financière ainsi que 12 000 hectares de terres en Floride, en remboursement des frais engagés. Il lui est même proposé le poste de gouverneur de Louisiane, offre qu’il déclina à 68 ans, préférant poursuivre sa carrière en France .

Lors de sa tournée, des centaines de grandes et de petites villes, de rues, de parcs et d’écoles furent rebaptisés pour rendre hommage à Lafayette. On se souvient toujours de lui aujourd’hui comme du héros français de la Révolution Américaine.

Lafayette (1757-1834) en quelques traits par ses contemporains

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Portrait du lieutenant général Lafayette en 1791, par J.D. Court (1834)-USA Embassy

« Plût à dieu qu’un semblable esprit vint animer tout le peuple de ce pays ! Mais je désespère d’en être témoin. Quelques pétitions ont été présentées à l’Assemblée, pendant la dernière session, pour l’abolition de l’esclavage. Elles ont pu à peine obtenir une lecture. Une émancipation subite amènerait de grands maux, mais certainement, elle devrait être accomplie graduellement, et cela par l’autorité législative »

George Washington, correspondance avec La Fayette le 10 mai 1786. Fondateur de la République des Etats-Unis et premier président 1789-1797. Ami fidèle de La Fayette.

« Il a un talent solide, est bien vu du roi et sa popularité grandit. Il n’a rien contre lui que ses principes républicains. Je pense qu’il sera ministre un jour. Son faible est une faim canine pour la popularité et la renommée, mais il s’élèvera au-dessus de cela »

Jefferson à Madison le 30 janvier 1787. Ministre des Etats-Unis à Paris de 1785 à 1789. Président des Etats-Unis de 1801 à 1809. Rédacteur de la Déclaration d’Indépendance).

« Il est en ce moment aussi envié, aussi haï qu’il a jamais pu le désirer. La nation l’idolâtre car il s’est posé comme un des premiers champions des droits. »

« Voilà de longues années que je connais mon ami La Fayette et je puis estimer à leur juste valeur ses paroles et ses actes (…). Il ne veut de mal à personne mais il a besoin de briller. Il est fort en dessous de ce qu’il a entrepris, et si la mer devient agitée, il ne pourra tenir le gouvernail.

Gouverneur Morris, ministre des Etats-Unis de 1791 à 1794.

« L’enthousiasme pour l’affranchissement de l’Amérique avait gagné tout le monde. M. de la Fayette leur paraissait un héros parce qu’il n’avait combattu pour la cause de la liberté que dans un autre hémisphère mais dès qu’il voulut soutenir la même cause en Europe, tous les souverains le traitèrent de coupable et en rebelle. »

Mémoires du Comte de Ségur, officier et écrivain. Il participa également à la guerre d’Indépendance américaine.

« Jamais aucun homme, dans aucun temps, dans aucun pays, ne reçut de tout un peuple un pareil accueil »

Duc de Broglie, à propos du voyage de Lafayette aux Etats-Unis en 1824

Un parcours mémoriel en 2024

Son engagement personnel dans les rangs de l’armée des insurgés américains (1777-1783) aux côtés de Washington et son rôle décisif dans la bataille de Yorktown en ont fait un héros des « deux Mondes » et un « citoyen d’honneur des Etats-Unis ». Aujourd'hui, un impressionnant portrait en pied de Lafayette accueille les visiteurs dans le hall de la chancellerie de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris. Le Lafayette Trail en 2024 retracera le parcours mémoriel de la présence du Général La Fayette aux Etats-Unis, un gage du lien historique et vivace qui unit toujours les deux pays malgré les aléas de la politique internationale.

Anne Marbot

Notes

(1) A partir de 1789, il signe tous ses courriers d’un simple « Lafayette » en un seul mot. Cette graphie sera utilisée par ses contemporains jusqu’à sa mort, ainsi que par sa famille au moment de la publication de ses Mémoires, correspondance et manuscrits. C’est également celle qui apparait sur sa pierre tombale, au cimetière de Picpus à Paris en 1834, et qui sera immédiatement adoptée aux Etats-Unis. Pourtant, en France, on reprit assez rapidement l’habitude pré-révolutionnaire d’écrire « La Fayette » en deux mots !

(2) de Noailles, Ayen … des noms qui évoquent la Corrèze et les possessions d’une des plus grandes familles de diplomates et militaires installée à Paris. Les de Noailles sous Louis XV, acquérirent également la Vicomté de Turenne et de nombreux domaines en Auvergne.

(3) A Paris, il rencontre l’Abbé Reynal, homme érudit et contestataire qui lui fait découvrir la Franc-maçonnerie, ce qui facilita ultérieurement sa rencontre et ses rapports avec G. Washington, lui-même grand maître. En 1775, il est initié à la Franc-maconnerie, à la loge La Candeur. Dès son arrivée, Lafayette se voit admis dans la loge Union américaine. Tous les leaders américains de l’époque  appartiennent à des loges : Franklin, Jefferson, Washington …

(4) Deux villes en Nouvelle-Aquitaine sont témoins du passage de Lafayette. La première est Bordeaux et Pauillac. C’est à Bordeaux Bacalan que Lafayette a préparé son voyage et armé son bateau rebaptisé « Victoire ». Pour échapper aux espions anglais présents dans le port de Bordeaux, Lafayette le rejoint à Pauillac pour ensuite mettre le cap sur Pasages Pasaïoa en 1777 avant la grande traversée. Pauillac a récemment rebaptisé son port de plaisance Lafayette, une stèle relate cette anecdote avec le soutien de l'association Victoire Lafayette.

La seconde est Rochefort, port d’attache de l’Hermione qui emmena Lafayette pour son 2e voyage et assura aux insurgés la participation de la France en 1780. Une réplique de la frégate a vu le jour grâce à l’association Hermione-Lafayette, elle participa en 2015, aux commémorations de la bataille de Yorktown.

(5)Plein d’admiration pour la jeune république américaine, Lafayette s’efforce de transposer en France certaines de ses réalisations. Grâce à lui, l’Assemblée nationale adopte, pour sa Déclaration des Droits de l’Homme, le 26 août 1789, un texte nettement inspiré de celui que Jefferson a rédigé pour l’Etat de Virginie, lors de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis en 1776.

En revanche, il ne réussit pas à convaincre l’Assemblée nationale de prendre modèle, pour sa constitution, sur celle que G. Washington a élaboré pour l’Amérique en 1787.

Sources

  1. site BNF Gallica.
  2. Château de Chavaniac : une exposition permanente retrace la vie et la carrière de Lafayette avec de nombreux documents inédits et archives.
  3. Lafayette : rêver la gloire. Laurence Chatel de Brancion, Patrick Villiers. Ed. Monelle Hayot, 2013.
  4. Site du Lafayette Trail . Un comité scientifique d'historiens et un comité d'orientation de personnalités américaines réunis sous la houlette de Julien P. Icher, jeune géographe et historien français, développeur web, chargé de préparer les commémorations, président de l'association Lafayette Trail.

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