Les colons du Saguenay

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Au début du XIXème siècle, la population du Bas Canada , se monte environ à 600.000 habitants. Elle s'est multipliée par 6 depuis que l'ancienne colonie française est passée sous domination anglaise. L'essentiel de la population occupe les rives du fleuve Saint-Laurent. Les familles se sont agrandies, la superficie des propriétés s'amenuise, les plus jeunes commencent à manquer de terres à cultiver. Les dirigeants anglais privilégient le commerce qui rapporte à la couronne au détriment de l'agriculture qui profiterait aux populations canadiennes françaises. Dans les années 1820, certains édiles locaux, et des religieux s'appuyant sur divers rapports reconnaissant l'existence de vastes étendues de terres cultivables associées à un climat favorable à l'agriculture réclament l'ouverture à la colonisation de la région du Saguenay. Un rêve que caressent de nombreuses familles de la région de Charlevoix qui se sentent à l'étroit. En 1829, 250 propriétaires de La Malbaie signent une pétition demandant des terres pour établir leurs fils. Le rapport Durham sur les Affaires de l'Amérique du Nord Britannique, la tentative avortée d'indépendance du Bas Canada lors de la révolte des Patriotes vont faire bouger les lignes. Ainsi commence à l'automne 1837 l'histoire de la Société des vingt-et-un qui signe le début de l'implantation de colons dans la région du Saguenay.

Colonisation "en douce"

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Monument aux 21. Saint Alexis de la Baie. Société historique du Saguenay. P2-S7-P00264-4

Si la colonisation n'était pas permise, c'était pour des raisons économico- politiques. D'un côté un monopole exercé par la Compagnie de la Baie d'Hudson, détentrice du droit d'exploitation forestière mais qui ne l'exerçait pas, lui préférant le commerce des fourrures. N'étant pas propriétaire du terrain, elle ne pouvait le vendre à des colons tandis que que le gouvernement, propriétaire légal ne pouvait autoriser des colons à s'établir sur un territoire loué. Cela faisait l'affaire des deux parties, d'autant que le bail courait jusqu'en 1842. Qu'importe. A l'automne 1837, 21 citoyens propriétaires de terres dans la paroisse de La Malbaie se constituent en association * après s'être entendus avec la direction de la Cie de la Baie d'Hudson pour se faire transférer des droits de coupe des forêts du Saguenay. La Société des Pinières du Saguenay dite Société des Vingt-et-un venait de voir le jour, forte de ses 21 actionnaires, chaque part ayant une valeur de 100 louis. Elle ne peut que s'adonner à la coupe du bois, tout commerce avec les amérindiens lui est interdit, toute exploitation agricole également. En contrepartie, elle doit verser plus de 650 livres à la Cie de la Baie d'Hudson chaque année. L'exploitation commence au printemps 1838 et à l'automne de la même année, la vente des premiers billots de bois suffit à libérer la société des Vingt-et-un de ses obligations financières. C'est à l'automne 1838 qu'arrive le premier groupe de familles soit 48 personnes, hommes, femmes et enfants. Il faut des bras pour couper le bois et construire les scieries (moulins à scie). Au printemps 1841, se construit la première chapelle, à l'automne de la même année, la première école. En quatre ans, pas moins de 9 scieries seront construites. Les premières difficultés financières se font jour cependant dés l'année 1841. Certains actionnaires revendent alors leurs parts à un marchand de bois de Québec nommé William Price. Un temps, il se partage le marché avec un entrepreneur d'origine écossaise, Charles Mc Leod. En 1842, l'ensemble des parts tombe dans son escarcelle. Les deux entreprises fusionneront plus tard. En 1843 il rachète l'intégralité des installations ce qui fait croire à certains que l'affaire avait été convenue des le départ. Mais ceci est une autre histoire. Entretemps, des engagés de la société des Vingt-et-un se sont mis à défricher les terres et à s'y installer malgré l'interdiction. Les diverses tentatives pour les déloger s'avèrent infructueuses et lors du renouvellement du bail en 1842, le gouvernement, en modifiant les termes du contrat, officialise la colonisation en mettant des terres agricoles aux enchères. Le premier prêtre résidant, Charles Pouliot, vicaire à la Malbaie arrive en novembre 1842. Les colons agricoles peuvent dorénavant s'installer en toute légalité.

Exploitations en tous genres

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Pulperie (Usine à papier) de Chicoutimi. Reconstruite à des fins touristiques- Wikipedia
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Le draveur, figure légendaire de l'imaginaire québécois.

L'exploitation du bois a attiré beaucoup de monde dans la région du Saguenay et les colons y ont trouvé un travail salarié pour commencer à s'installer. On y comptait 3.000 personnes en 1844, 12.000 quinze ans plus tard. Conséquence directe, les Amérindiens, premiers occupants des lieux sont repoussés vers le nord. La vie est rude pour tous sur ces terres qu'ils faut conquérir mètre par mètre. Dans les scieries la journée de travail est de 12h par jour, dans les chantiers elle est de la durée du jour : "d'une étoile à l'autre" stipule le contrat. Les salaires varient entre un demi et 1 dollar par jour. Un demi pour les travailleurs francophones, un dollar pour les contremaitres et contrôleurs anglophones. Les salaires sont généralement payés en bons donnant droit à des marchandises prises dans le magasin de la compagnie qui en fixe les prix ( beurre, lard et mélasse : 20 cents la livre, tabac : 15 cents). Système de banque simple mais qui avantage nettement l'employeur et qui s'apparente à une forme d'esclavage moderne. Les travailleurs coupent des billots qui seront ensuite tractés par des boeufs ou des chevaux jusqu'au cours d'eau le plus proche. Au printemps s'organise la drave qui consiste à amener les billots de bois jusqu'à l'embouchure des rivières, travail périlleux pour les draveurs qui dansent une gigue fatigante de grume en grume en évitant le péril mortel qui consiste à se faire coincer entre les billots reliés par des chaines en affrontant les rapides. Pendant ce temps là, les exploitations agricoles où l'on travaille aussi du lever au coucher du soleil s'étendent au rythme des saisons, les femmes s'occupant de la maison et des animaux, les enfants s'activant à la ferme avant et après l'école et ramassant à la belle saison, les petits fruits qui seront , l'hiver venu, la seule source de vitamines. C'est ainsi que l'on construit un pays parait-il...

Claude Ader-Martin

*Les vingt et un actionnaires : Alexis Tremblay, Louis Tremblay, Joseph Tremblay, Joseph Lapointe, Benjamin Gaudrault, Joseph Harvey, Pierre Boudrault, Michel Gagné, Basile Villeneuve, David Blackburn, Louis Bouliane, Ignace Murray,, François Maltais, Ignace Couturier, Louis Desgagné, Louis Villeneuve, Alexis Simard, Thomas Simard, Georges Tremblay, Jean Harvey, Jérôme Tremblay

Sources : La Société des Vingt-et-un et la colonisation du Saguenay-lac-Saint-Jean. Auteur : Eric Tremblay. Les éditions Histoire Québec.(2013). La Société des Vingt-et -un entreprend la colonisation du Saguenay dans les années 1840. Auteurs : Camil Girard et Laurie Goulet. Groupe de recherche Histoire, Université du Québec à Chicoutimi (2003).

Image de Une : Camp de bûcherons vers 1870( photo William Notman) Bibliothèque & Archives Canada/PA-12117

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