Mardi Gras Indians : explosion de couleurs et plumes de résistance à la Nouvelle-Orléans.

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Mardi Gras Indians : explosion de couleurs et plumes de résistance à la Nouvelle-Orléans.

Aujourd'hui, le Mardi Gras à la Nouvelle-Orléans est une attraction majeure qui attire tous les ans, entre l'Epiphanie et Mardi Gras, des millions de touristes en Louisiane. Dans un précédent article, nous avions présenté les différentes formes de carnaval : celui des villes et celui des champs, tous sont les témoins de l'histoire particulière de la Louisiane. Il s'agit de la plus grande fête gratuite avec de nombreuses variantes socio-culturelles et folkloriques (1). Le Mardi Gras est un jour férié, une occasion pour tous les Américains de participer à la fête et de faire une pause avant Pâques. L'un des plus spectaculaires cortèges est sans doute celui des Black Indians qui se déroule dans les quartiers populaires noirs de City Park près du bayou St Jean ou dans le quartier du Trémé.

A première vue, les touristes pensent avoir affaire à une attraction excentrique supplémentaire. Mais bien peu imaginent qu'il s'agit d'une manifestation revendicatrice, transmise de génération et peut-être vieille de deux siècles.

Comment expliquer que des durs de quartiers noirs défavorisés où violence et criminalité sont monnaie courante puissent se transformer en cousettes de longs mois afin de produire d'extravagants costumes.

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Un des Big chief avec Helena Moreno, nouvelle mairesse de la ville. Nola Collective 2026.

La nuit de la Saint-Joseph (dimanche autour du 19 mars), des costumes flamboyants ornés de perles et de plumes font jaillir la lumière des rues de la capitale créole de la Louisiane. De mystérieuses créatures paradent aux rythmes saccadés des tambours. Leurs costumes célèbrent le métissage des populations noires, asservies au 18e siècle, et des communautés amérindiennes décimées par les colons. Née dans la violence des quartiers pauvres de la Nouvelle-Orléans, cette tradition subversive et colorée revêt aujourd’hui un caractère presque sacré.

Chaque indien prépare toute l’année son costume fait main de perles et de plumes avec sa famille et ses amis. Des préparatifs qui associent tous les membres de la communauté et dont le rôle social est reconnu. Pour en savoir plus, nous vous recommandons l'excellent film documentaire sur les « Black Indians » avec Big Chief Montana ou la série TV « Treme » qui présente le retour de la tradition des Black Indians après le passage de l'ouragan Katrina, la nécessité de ce levier économique et social pour remettre la ville en place : tourisme, gastronomie ...

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Nola Collective 2026

"Nous ne nous inclinerons pas"

Le Mardi gras indien a débuté au cours du 19e siècle.  La tradition veut que les minorités de Louisiane, les Amérindiens et les Afro-Américains étaient très proches et se retrouvaient pour contourner la ségrégation raciale à l'époque.

Plutôt que d'adopter l'apparence des autochtones de Louisiane, comme les Houmas ou les Choctaws, les "Black maskers" copient en partie les tenues des indiens des plaines, figures emblématiques de la culture populaire américaine. Les années 1880 font connaître les Wild West Shows de Buffalo Bill non seulement à la Nouvelle-Orléans mais aussi aux Etats-Unis et en Europe.

Pendant longtemps, les Black Indians ont présenté leur pratique comme un hommage aux autochtones de la région qui sont venus en aide à des esclaves en fuite. D'autres font référence à leur ascendance amérindienne. Mais tous considèrent les Amérindiens comme des modèles d'une résistance farouche et soutenue contre un oppresseur commun, d'où leur mantra "Nous ne nous inclinerons pas!"

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Nola Collective 2026

Les tambours, les chants et les danses sont une partie essentielle du cortège. Les rythmes et les mouvements sont issus de Congo Square, berceau historique de la culture africaine-américaine et du jazz : aux 18e et 19e siècles, les esclaves étaient autorisés à s'y rassembler le dimanche pour vendre leurs marchandises, vénérer leurs dieux, jouer de la musique et exécuter des danses, dont la bamboula et la calinda, étroitement associées au vaudou. A l'opposé des défilés classiques dont les itinéraires sont annoncés, les tribus des black indians déambulent librement dans leurs quartiers, loin du Mardi gras "officiel".

Avec le temps, l'art et les costumes gagnent en reconnaissance grâce à leurs performances musicales qui s'adaptent à tous les genres : jazz, rythmes and blues, funk ... En 1970, ils font partie intégrante du premier festival de jazz et du patrimoine à la Nouvelle-Orléans. A peu près à la même époque, les tribus commencent à se réunir chaque année pour des défilés diurnes connus sous le nom de Super Sunday ou nocturnes. Autrefois connue pour le comportement violent et la confrontation de gangs rivaux, aujourd'hui la compétition par le biais des costumes et de la danse prend le pas sur le combat physique (2), une tendance que beaucoup attribue, en partie, au Big Chief des Yellow Pocahontas, Allison "Tootie" Montana.

A chacun son rôle : big chief, spy boys et flag boys

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Nola Collective 2026

L'appartenance à une tribu se fait sur la base du volontariat ou de la cooptation, souvent autour du noyau familial du big chief. L'organisation du groupe est très hiérarchisée, avec un rôle spécifique attribué à un Big Chief (Grand chef) (3). La plupart des positions sont occupées par des hommes, même si, ces dernières années, les femmes remplissent des rôles plus importants. Les enfants portent désormais le costume, car de nombreuses tribus sont attachées à la transmission de la tradition aux plus jeunes. Les principales positions que l'on retrouve sont le spy boy (l'éclaireur), le flat boy (le porte drapeau), le wildman (l'homme sauvage) et la big queen (la grande reine).

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Nola Collective 2026

Chaque année, ils fabriquent un nouveau costume, des créations artistiques qui demandent une année de couture intensive à la main de milliers de perles de verre, de paillettes, de strass et des kilos de plumes. Le costume du chef, plus élaboré, peut facilement dépasser plus de 4 500 euros. Une coiffe peut peser jusqu'à 45 kg et mesurer deux ou trois mètres de haut. Ces costumes seront remisés dans deux musées dédiés à la culture afro-américaine.

Avec l'ouragan Katrina et les habitants de Nola dispersés, le risque de disparition des Black Indians était bien réel... Il n'en fut rien (cfr la série "Treme"). On compte actuellement une cinquantaine de tribus qui se produisent non seulement au Mardi Gras mais aussi bien au Jazz Fest que lors de spectacles ou expositions jusqu'en Europe (4), une démarche qui se veut trait d'union entre le mouvement actuel "Black lives matter" et la pérennité d'une représentation d'une tradition de résistance qui remonte à la période de l'esclavage.

Anne Marbot

Sources :

  • Revue des Beaux Arts, Black Indians de la Nouvelle-Orléans, 2022. Numéro spécial consacré à l'exposition organisée par le musée du quai Branly-Jacques Chirac avec le soutien du Louisiana State Museum
  • Mardi Gras Indians, plumes de résistance. Jean-Pierre Bruneau paru dans la revue Soul Bag, no 232, 10/2018.
  • et les sites consacrés à l'actualité de la Nouvelle-Orléans, dont Nola Collective.

(1) Mardi Gras est un jour férié en Louisiane, événement incontournable célébré avec un faste particulier à la Nouvelle-Orléans où cohabitent des dizaines de cortèges carnavalesques selon des divisions raciales et culturelles. Les défilés au son des fanfares lycéennes des confréries (krewe) blanches comme Rex ou Jeanne d'Arc, perpétuent une image aristocratique européenne avec rois, ducs, princesses... sur d'immenses chars qui lancent doublons et colliers à la foule. Principale défilé de couleur, celui des Zulus géré par le Zulu Social Aid, émanation de la bourgeoisie noire, une sorte de parodie des stéréotypes blancs avec le lancer de noix de coco en plastique. Enfin, celui des Mardi Gras Indians (MGI) , appelés aussi Black Indians qui affichent une certaine fierté et détermination au cri "We won't bow down" (Nous ne nous soumettrons pas!).

(2) La confrontation entre tribus démarre pas une compétition orale à base de vantardises. Le gagnant est celui qui fait preuve d'agilité verbale, de sens de la répartie et de contrôle de soi. Généralement, le premier qui baisse les yeux a perdu. Cela se termine par "looking good baby, you're the prettiest". Pas de jury. Après la série de rituels, la rencontre se termine par la désignation du plus beau costume.

(3) Autorité incontestée, le Big chief est un homme de caractère qui décide de tout : l'itinéraire à emprunter, quelle tribu aborder (ou ignorer); seul habilité à se livrer aux joutes avec les autres big chiefs. Pour devenir Big chief, il faut aussi et surtout savoir coudre, chanter et danser.

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Les "Baby Dolls" ou les femmes de couleur du Trémé, membres intégrantes du défilé depuis des générations avec Helena Moreno., mairesse de la Nouvelle-Orléans (pour infos : démocrate d'origine mexicaine).

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